Les collages


Les collages sont des œuvres obtenues en réunissant des matériaux et objets divers collés sur un support. Raoul Hausmann utilise des découpages de journaux et d’illustrations de toutes sortes, de lettres typographiques, en y intégrant parfois des fragments photographiques. Les Dada berlinois les nomment Klebebild.

 

Les assemblages
 
Ce sont des œuvres en volume, obtenues elles aussi en associant et en collant des objets divers sur un support rigide.
 

Les photomontages


En 1918, Raoul Hausmann crée le premier photomontage.
Il s’agit de découpages de photographies collés sur une nouvelle photographie, ce qui modifie les jeux de perspective et les alternances de plans.
Cette invention, revendiquée par d’autres dadaïstes, ne semble plus, aujourd’hui, lui être disputée.
 

Les photogrammes


Ce sont des photographies tirées en déposant des fragments de matériaux, des éléments découpés, des objets, sur la surface sensible d’une plaque ou d’un papier photographique.
 

Les poèmes phonétiques

Les poèmes phonétiques de Raoul Hausmann associent les sons récités, la gestuelle du conteur ainsi que le caractère esthétique de la typographie et de la mise en page employées pour leur impression.
Ces poèmes « bruitistes » sont des assemblages de syllabes, d’onomatopées déclamées de façon relativement classique.
 

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Raoul Hausmann (1886-1971)

Raoul Hausmann est né à Vienne, le 12 juillet 1886. Son père, peintre de tradition académique, est à l’origine de la première formation artistique de son fils.
En 1900, la famille s’installe à Berlin où Raoul débute des études de peinture et de sculpture. Il se marie en 1908, avec la violoniste berlinoise Elfriede Schaeffer dont il a une fille, Véra, en 1907.

Très marqué par la grande Exposition Futuriste et le premier salon Sturm (salon expressionniste) qui ont lieu à Berlin en 1912, Raoul Hausmann prend conscience que l’esthétique conventionnelle ne peut traduire les émotions liées au monde moderne de ce début de siècle.

Au début de la première guerre mondiale, Hausmann fait la connaissance d’Hannah Höch, elle aussi artiste, avec laquelle il aura une liaison passionnelle et particulièrement fertile sur le plan créatif, jusqu’en 1922.
Connaissant déjà Johannes Baader depuis 1905, il rencontre également à Berlin Hans Richter et Emmy Hennings. En 1916, il collabore aux revues Die Aktion et Die Freie Strasse.
Depuis 1914, la guerre fait rage, le germe de la rébellion et de la contestation touche ces jeunes artistes, futurs protagonistes du mouvement Dada.

Dada

Le mouvement Dada naît en 1916, à Zurich, autour de l’écrivain et poète Hugo Ball, et réunit Marcel Janco, Tristan Tzara, Jean Arp, bientôt rejoints par Richard Huelsenbeck, Hans Richter, Sophie Taeuber et Emmy Hennings.

En 1917, Huelsenbeck quitte Zurich et introduit Dada à Berlin. Il fonde le Club Dada en 1918 avec Raoul Hausmann, Johannes Baader, Franz Jung, George Grosz, Hannah Höch et les frères Herzfelde.
C’est l’époque d’une collaboration intense et complice entre Hausmann et Baader et de la création de la revue Der Dada, dont Raoul Hausmann dirige les trois numéros entre 1918 et 1920. Il publie également Material der Malerei, Plastik, Architektur.

A Berlin, le groupe Dada est nettement plus politisé qu’à Zurich, restée ville neutre pendant la première guerre mondiale et dans laquelle règne un climat de paix. A l’opposé, Berlin, en 1918, est une ville déstabilisée par les grèves et les soulèvements populaires qui connaît une véritable révolution menée par les spartakistes.
Durant cette période, Hausmann est l’un des plus ardents parmi les militants dadaïstes. Au sein du Club Dada, il est le Dadasophe : brillant théoricien et redoutable polémiste, il est également un créateur fertile au travers de ses collages, ses assemblages, ses photomontages, ses photogrammes et ses poèmes phonétiques.

L’œuvre la plus marquante de Raoul Hausmann est un assemblage, réalisé en 1919 et aujourd’hui exposé au Musée national d’art moderne à Paris : l’Esprit de notre temps ou Tête mécanique. Cet assemblage autour d’une petite tête de bois est une critique de la société, de l’homme « machine ». « Penser comme une machine », tel était, selon Hausmann, le principal défaut de ses contemporains.
La première Foire Internationale Dada, Dada Messe, a lieu en 1920 à Berlin. Elle est considérée comme l’apogée du mouvement mais également l’évènement qui précipite sa chute : un procès pour insulte à l’armée condamnera les organisateurs. Manifestation incontournable dans l’histoire de Dada, elle présente les œuvres de ses principaux membres et révèle, en particulier, les photomontages et collages de Raoul Hausmann et Hannah Höch.
En février 1921, Raoul Hausmann publie dans la revue De Stijl son manifeste Présentiste et Dada ist mehr als Dada (Dada est plus que Dada). Ces articles mettent fin à l’aventure Dada de Berlin. L’épisode berlinois, d’une courte durée, aura marqué de manière indélébile l’histoire de l’art du 20ème siècle en créant et diffusant de nouveaux procédés et concepts artistiques.
Pour Raoul Hausmann, l’aventure post dadaïste continue. Il s’engage dans Merz aux côtés de son fondateur Kurt Schwitters (Merz est un groupe proche de Dada fondé par Schwitters après que Huelsenbeck ait refusé son intégration au Club Dada). Raoul Hausmann, Hannah Höch et Kurt Schwitters organisent la tournée Antidada-Merz-Presentismus à Prague.

En 1922, Raoul Hausmann divorce d’avec Elfriede et se sépare d’Hannah Höch. En 1923, il se marie avec Hedwig Manckiewitz.
Par ailleurs, il commence à s’intéresser aux possibilités offertes par les nouvelles technologies optiques. Il est proche d’Hans Richter, Viking Eggeling et Moholy Nagy qui travaillent sur l’image photographique et cinématographique. En fin d’année 1923, il donne à Hanovre, une Matinée Merz avec Kurt Schwitters.

Au fil du temps, Hausmann s’éloigne de son complice berlinois, Johannes Baader. Il contribue par ses articles à de nombreuses revues et rédige des conférences pour la radio. Il débute la photographie en 1927 et rencontre, en 1928, Vera Broïdo, fille de révolutionnaires russes et écrivain, avec qui il vivra, en compagnie de sa femme, jusqu’en 1934.
Leur vie se partage entre Berlin, Kampen, sur l’île de Sylt en mer du Nord, et un petit village de pêcheurs sur la mer Baltique, Jershöft, où Hausmann réalise de nombreuses photos.
En 1931, il participe à l’exposition Fotomontage organisée par César Domela à Berlin et prononce la conférence inaugurale. Il s’engage pleinement dans l’art photographique qu’il récusait pourtant, dix ans auparavant, dans son manifeste : Nous ne sommes pas des photographes.

L’exil

En 1933, déclaré « artiste dégénéré » par les nazis, Raoul Hausmann est contraint de quitter l’Allemagne et fuit Berlin pour l’Espagne, en compagnie d’Hedwig Manckiewitz et de Vera Broïdo.

Commence alors un long voyage d’environ six années à travers l’Europe, durant lequel il séjourne consécutivement à Ibiza, Paris, Ibiza, Zurich, Prague (où il fait des essais de photographie infrarouge), puis à nouveau Paris (où il se lie à de nombreux artistes de l’entre-deux-guerres). Chaque étape, riche en créativité, essentiellement photographique, est suivie de publications et d’expositions.
Lors de son séjour à Paris, à l’été 1939, l’approche de la guerre, les origines juives de sa femme et l’insécurité liée à son statut d’immigré vont précipiter son départ en zone libre. Le Limousin sera son refuge.

Il s’installe avec Hedwig, à l’automne 1939, à Peyrat-le-Château où il donne, pour subsister, des leçons d’allemand, d’anglais et d’espagnol. C’est là qu’il rencontre Marthe Prévot qui partagera la vie du couple jusqu’à leur mort. Eté 1944, Raoul Hausmann déménage à Limoges, et, en dépit d’importantes difficultés financières et matérielles, se concentre sur son travail.

L’après-guerre

A partir de 1946, Hausmann, isolé, renoue avec ses amis d’avant-guerre. Une correspondance importante s’établie alors avec Laszlo Moholy-Nagy et Kurt Schwitters. Toutefois, leurs décès respectifs en 1946 et 1948, annulent tout espoir de réaliser un jour les projets qu’ils avaient ébauchés ensemble.

A cette époque, Raoul Hausmann revient à l’expérimental de l’entre-deux-guerres et débute une activité artistique foisonnante dans les domaines de la photographie, de la peinture, du collage et de l’écriture.

En 1954, il participe au mouvement de la Subjektive Fotografie animée par Otto Steinert.

Le retour à la peinture

Après la guerre, sans jamais avoir cessé de dessiner, Raoul Hausmann se rapproche alors de la peinture par des œuvres sur papier, exécutées à l’aquarelle et à la gouache.
En 1959, il revient à la peinture à l’huile qu’il avait abandonnée en 1915, en réaction à l’influence expressionniste.
Il cesse définitivement son travail à l’huile en 1964, laissant ainsi une centaine de toiles. En revanche, il continue de peindre à la gouache, jusqu’en 1968.

Parallèlement, il réalise quantité de collages, jouant non seulement avec la couleur des éléments déchirés mais également avec la sensation qu’ils procurent au toucher. Le dernier apport de ce créateur boulimique sera probablement l’invention du collage-tactile.

Hausmann ne délaisse pas l'écriture et la poésie.  Entre 1957 et 1970,
il rédige onze ouvrages mêlant toutes les facettes de son art, des poèmes illustrés de bois gravés jusqu’à un ouvrage sur la  mélanographie (la transformation photographique d’objets), mais également des travaux de réflexion sur le mouvement Dada et le monde moderne.

Il meurt le 1er février 1971 à Limoges.
 
Expositions (liste non exhaustive)
(I) : Individuelle / (C) : Collective

1919
Première Exposition Dada, Graphisches Kabinett J. B. Neumann, Berlin (C)
Novembergruppe, Berlin (C)

1920
Première Foire Internationale Dada, Galerie Otto Burchardt, Berlin (C)

1922
Novembergruppe, Berlin (C)
Konstruktivistische Internationale Schöpferische Arbeitsgemeinschaft, Düsseldorf (C)

1931
Photomontage, Staatliche Museen, Berlin (C)

1934
Photographies, Galerie Ouvert La Nuit, Paris (I)

1936
Exposition Internationale de Photographie, Musée des Arts et Métiers, Prague (C)
Ibiza, Museum für Gestaltung, Zurich (I)

1937
Fantastic Art, Dada, Surrealism, Museum of Modern Art, New York (C)
Photographies, Musée des Arts et Métiers, Prague (I)

1938
Exhibition of Twentieth Century Art, Londres (C)
Photographies, Musée des Beaux Arts, Amsterdam (I)

1947
Photomontages et collages, Museum of Modern Art, New York (C)

1953
Dada, Sidney Janis Gallery, New York (C)

1955
Photopictogrammes, Galerie d’Orsay, Paris (I)

1957
Rétrospective Dada, Galerie de l’Institut, Paris (C)

1961
The art of Assemblage, Museum of Modern Art, New York (Exp. It. : Museum of Contemporary Art, Dallas ; Museum of Modern Art, San Francisco) (C)

1963
Raoul Hausmann, Galleria Pagani, Milan (I)

1966
Dada, Moderna Museet, Stockholm (C)
Cinquant’Anni a Dada ; Dada in Italia, Civico Padiglione d’Arte Contemporanea, Milan (C)
Cinquantenaire de Dada, Kunsthaus, Zurich (C)

1967
Rétrospective, Moderna Museet, Stockholm (I)

1974
Autour de l’Esprit de notre Temps, Musée National d’Art Moderne, Paris (I)
Photographies, photomontages, photogrammes, Galerie Beaubourg, Paris (I)
Dessins-Peintures, Goethe-Institut, Marseille et Avignon (I)

1978
Paris-Berlin 1900-1933, Centre Georges Pompidou, Paris (C)

1979
Photography as Art/Art as Photography, Musées autrichiens, Galerie Fotomania, Barcelone et Kunstmuseum, Munich (C)
Photographies, Musée Cantini, Marseille (I)

1980
Retrospektive, Malmö Konsthall, Malmö (I)

1981
Retrospective, Kestner-Gesellschaft, Hanovre (I)

1982
Retrospective, Museum moderner Kunst, Vienne (I)

1983
Photographies, Galerie Eude, Barcelone et Museu d’Art Contemporani, Ibiza (I)

1986
Raoul Hausmann, Fotografien 1927-1933, Museum moderner Kunst, Vienne (Exp. It. : Graz, Linz, Essen, Francfort) (I)
Rétrospective, Musée départemental d’art contemporain, Rochechouart (I)

1991
Degenerate Art, Los Angeles Museum of Art (C)
 

Bibliographie (liste non exhaustive)

De nombreux historiens de l’art, conservateurs, critiques d’art, philosophes, éditeurs et artistes, français et étrangers, ont étudié l’œuvre de Raoul Hausmann. Pour en conserver la mémoire, ils ont rédigé et publié une multitude de textes et d’ouvrages qu’il est difficile de citer ici de manière exhaustive.
Pour une meilleure connaissance et compréhension de l’œuvre de Raoul Hausmann, nous indiquons une courte liste. Ce choix est subjectif et ne présume en rien de la qualité des ouvrages et des auteurs non mentionnés.


- Marc Dachy, Dada, La révolte de l’art, Découvertes Gallimard, Paris 2005
- Dada, Les ABCdaires, Flammarion, Paris 2005
- Serge Lemoine, Dada, Hazan, Paris 2005
- Delphine Jaunasse, Raoul Hausmann, L’isolement d’un dadaïste en Limousin, Presses Universitaires de Limoges, 2002
- Henri Béhar et Catherine Dufour, Dada Circuit Total, L'Age d'Homme, 2005 
- Raoul Hausmann, Courrier Dada, , Allia (nouvelle édition augmentée et commentée par Marc Dachy), Paris 1992
- Michel Giroud et Sabine Wolf, Raoul Hausmann. Je ne suis pas un photographe, éd. du Chêne, Paris 1975
- Raoul Hausmann, Catalogue des expositions au Musée d’art moderne de Saint Etienne, du 10 mai au 17 juillet 1994 et au Musée départemental de Rochechouart, du 15 octobre au 24 décembre 1994.
- Raoul Hausmann, Catalogue d’exposition au Moderna Museet, Stokholm 1967
- Raoul Hausmann, Catalogue d’exposition au Malmö Konsthall, Malmö 1980

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